10/08/2015

Pourquoi des jeunes Français issus de familles musulmanes ou convertis nourissent tant de haine

Texte de Dominique Schnapper sociologue.

POURQUOI de jeunes Français – les uns, issus de familles traditionnelles musulmanes et les autres, convertis – nourrissent-ils à l'égard des institutions qui les ont protégés et des valeurs démocratiques une détestation radicale, que les membres des réseaux islamistes mondiaux entendent – et réussissent à – manipuler au profit de leur ambition ?

Le voile d'ignorance

On le savait depuis des années. La haine de la France et la haine des juifs s'est développée dans certains quartiers dits « sensibles ». Les sociologues, les travailleurs sociaux, souvent d'origine musulmane, les enseignants des collèges et des lycées en témoignaient. Nombre de politiques l'avait dénoncée. En 2005, au cours de plusieurs jours d'émeutes, des jeunes s'étaient attaqués aux bâtiments les plus proches, écoles, bibliothèques ou cabinets médicaux. Il ne s'agissait pas alors d'une révolte ethnique portant des revendications particularistes, même si la plupart des jeunes émeutiers étaient originaires de l'Afrique sub-saharienne. Les observateurs décrivaient des violences sans but manifeste, produit de la misère sociale, des frustrations et du ressentiment. Depuis des années, des enfants juifs quittent l'enseignement public où ils ne se sentent plus en sécurité. Pourtant, de crainte de stigmatiser les musulmans républicains – il ne faut pas oublier que le phénomène massif est celui de l'intégration progressive de la majorité de la population descendante des immigrés maghrébins –, faute aussi de savoir quoi faire contre le mal, un silence gêné et bien-pensant couvrait ces faits d'un voile d'ignorance. Par faiblesse, par lâcheté, par souci légitime de ne pas stigmatiser l'ensemble des musulmans, les intellectuels setaisaient, dénonçaient l'islamophobie plutôt que l'antisémitisme, sans oublier d'accuser le « républicanisme » dont la rigidité et le refus d'admettre les « différences » auraient été responsables des événements. Pour se réconforter, on rappelait que les casseurs n'étaient qu'une très faible minorité – comme si les phénomènes minoritaires ne pouvaient pas avoir une signification politique et symbolique sans rapport avec leur nombre. Depuis le 79 janvier dernier, il est devenu plus difficile de se voiler la face.

À la suite des émeutes de 2005, les sociologues avaient souligné que ces jeunes désocialisés étaient le produit de la misère sociale et des blocages de la société française (1). Aujourd'hui, la misère n'a pas disparu et la société reste sur beaucoup de points bloquée, mais l'explication est devenue insuffisante. Il faut aussi prendre la mesure de l'extrémisme qui se réclame de l'islam dans sa dimension politique et idéologique, dans son extension internationale. D'ailleurs, ce ne sont plus seulement des marginaux ou des laissés-pour-compte, mais aussi des diplômés et des convertis, convenablement formés et issus de familles stables, qui cèdent à la tentation de l'extrémisme.

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