25/01/2015

La vie contre les pulsions mortifères de la société

La vie contre les pulsions mortifères de la société »

À l’heure où le terrorisme cible les Français de confession juive, quel est l’avenir d’une présence juive en France ? Le Grand rabbin de France, Haïm Korsia, invite à choisir l’effort et l’espoir pour fortifier notre démocratie.

Quelle signification la mobilisation de la France, le 11 janvier dernier, revêt-elle à vos yeux ?

Le réveil des silencieux. Il y a une grande phrase d’Einstein : « Le risque n’est pas simplement le mal que les méchants peuvent faire, mais encore le silence des justes. » Et là, il y avait ces justes, qui se taisaient, se terraient, et qui se sont exprimés en marchant, dans un silence fait de respect et de dignité, sans slogan. Ce silence a dû ressembler à celui, tel que je l’imagine, de la marche du 28 août 1963 à Washington, autour du pasteur Martin Luther King. Il s’est accompli un réveil de la conscience de ce qu’est la France.

Assez rapidement, l’unanimité derrière cette marche s’est toutefois dissoute.

Oui, notre culture est la culture du débat. Nous ne pouvons pas être d’accord, sinon nous ne serions pas français ! Donc débattons, oui, avec fraternité.

Vous-même, au cœur du débat actuel sur la définition de la liberté d’expression, quelle position adoptez-vous vis-à-vis de la moquerie à l’égard du sacré ?

C’est simple : la loi dit oui, c’est oui ; la loi dit non, c’est non. En France, la loi autorise à se moquer du religieux et des religieux. Nous sommes moqués, caricaturés… et alors ? On ne lit pas, c’est tout. Par ailleurs, permettez-moi d’évoquer un récit, justement, religieux. Dans un passage du Pentateuque (Nombres, 13), Moïse envoie des explorateurs vers la Terre promise. Ils reviennent en décrivant un pays formidable, où coule le lait et le miel… mais, disent-ils, le peuple là-bas est si grand, si fort, que ni nous ni Dieu ne pourrons rien contre lui. À cause de ce « mais », de la réaction du peuple qui se met à pleurer, les Hébreux erreront quarante ans dans le désert, et la génération qui s’est lamentée n’entrera pas en Terre promise. Elle n’était pas prête. En affirmant que la liberté d’expression existe, mais… vous l’avez déjà contredite. Si votre mari vous dit : « Je t’aime, mais ta mère, je ne la supporte pas », vous vous braquez tout de suite. Si vous aimez quelqu’un, même la belle- mère vous l’avalez. Si l’on commence à dire « Oui à la liberté d’expression, mais… », elle n’existe plus. Ce qui importe, c’est la loi. Nous sommes un État de droit, nous avons cette chance. Les juges disent que c’est permis – ça l’est. Ils disent que ce n’est pas permis, ça ne l’est pas. C’est simple.

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