11/09/2011

Finir l'été en tramway à Jérusalem

Finir l’été en tramway à Jérusalem

mercredi 24 août 2011, par Antoinette Bremond


L’été, deux mois de vacances pour les enfants, c’est-à-dire pas d’école. Pour les parents qui n’ont souvent que quelques jours de vacances, c’est un problème : comment occuper ces petits ? Bien sûr, pour ceux de Tel Aviv, la mer, c’est gratuit. Mais on ne peut pas les envoyer seuls à la plage. Et puis, un peu partout, il y a des colonies de vacances de 15 jours à 3 semaines avec moult activités passionnantes… mais c’est cher. A Jérusalem, il y a les musées, le zoo, les piscines, des activités pédagogiques diverses… mais, c’est cher pour les familles nombreuses. Les adolescents cherchent un travail rémunéré… mais il y a d’avantage de jeunes que d’emplois à cette saison. On peut visiter la famille dans le pays… mais c’est cher, le train, le bus, tout le monde n’a pas de voiture. Il y a la télévision, oui, Internet, oui, mais deux mois, c’est long, même si, en soirée, les parents se rendent disponibles pour sortir les enfants, leur payer une glace et écouter des concerts de rue. Il y a aussi ceux qui sont « invités » par leur famille en Amérique ou en Europe. De toutes façons le ministre de l’Education pense sérieusement à raccourcir les vacances scolaires.


 

Et voilà que, les dix derniers jours de vacances, la municipalité de Jérusalem offre gratuitement à tous et à toutes, sans conditions ni restrictions, une nouveauté attendue depuis 12 ans : le tramway, « train léger » comme on le dit en hébreu. Il s’est mis à circuler, comme un grand, non seulement à vide comme depuis un an rien que pour se faire voir, mais à ouvrir ses portes aux passagers. Le vendredi 19 août dès le matin et jusqu’à 15h la foule attendant à chaque station se bousculait pour entrer…être les premiers… et pour sortir un peu plus loin. Des familles religieuses en particulier, les enfants de tout âge, la poussette pour le dernier, la mère parfois enceinte essayant à tout prix de faire entrer les siens dans un wagon déjà plein à craquer. Bousculades… autour de ce nouveau « jouet » gratuit pour les premières semaines. Ce vendredi on comptait 40 000 passagers ! Du quartier religieux de Har Nof, les familles prennent le bus jusqu’à la gare routière. Là, le bus se vide et les familles se précipitent pour attraper le tramway en direction de la Vieille Ville.

Mais soyons sérieux. Qu’en pensent les commerçants de la rue de Jaffa ayant perdu jusqu’à 60% de leur clientèle pendant ces 10 années de travaux : une rue défoncée, des trottoirs souvent inexistants ou encombrés de matériel ? Yaakov Lévi, propriétaire du magasin de chaussure Na’ale Yafit espère que la rue Jaffa, nouveau style avec ses grands trottoirs, ses tables de restaurants un peu partout et ce tramway déposant les passagers, va faire revenir sa clientèle. Descendant cette rue hier soir, cela me semble bien possible : une foule entrant et sortant à chaque station, et du monde dans les magasins… de chaussures en particulier. Mais, l’un ne va pas sans l’autre : le prix de location des magasins a doublé. Lévi qui payait « avant » 10 000 shekels par mois (2000 euros) va devoir payer le double : 22 000 shekels. (4 400 euros). Mais … en première ligne, cela se paye !

Le tracé du tramway est « original », d’où bien des débats. Il part de Pisgat Zeev, quartier juif de Jérusalem-Est, traverse et dessert les quartiers arabes de Shouafat et Beit Hanina, passe devant la porte de Damas pour rejoindre la municipalité de Jérusalem, monter la rue de Jaffa jusqu’à la gare routière. Là il « grimpe » sur le pont de la ’Lyre’, pour la joie des passagers, et par le boulevard Herzl aboutit au Mont du même nom, le terminus, avec une vue imprenable sur Ein Karem, l’hôpital Hadassa et la forêt de Yad Vashem en premier plan. Tracé très utile à Tunsi, résident arabe de Pisgat Zeev. Cela lui permet, précise-t-il, d’arriver facilement à la Vieille Ville, descendant à la porte de Damas pour les prières en ce temps de Ramadan.

Et pourquoi ne pas se réjouir avec Yehouda Shoshani, l’un des responsables du projet : « C’est un événement historique. La joie des Jérusalémites est réelle. C’est un moyen de transport moderne, nouveau, « vert », qui ne va pas seulement intéresser les touristes mais, être en soi un message de tolérance et de patience. Les passagers de ce « nouveau venu » sont des Jérusalémites de tout bord : laïques, religieux, arabes, ultra orthodoxes. »
Bien sûr pour les habitants des quartiers non desservis, il sera toujours plus rapide de prendre le bus ! Peut-être un jour d’autres « deux rails » vont-ils apparaître. Mais supporterons-nous de nouvelles années de travaux ?

Pour le moment il faut attendre 10 minutes ou plus aux stations. Bientôt il y aura un train toutes les 4 minutes dans les deux sens. Mais alors les piétons et les vélos ne pourront plus, comme ils le font si librement maintenant, sillonner la route, marcher sur les rails sachant que lorsque la clochette sonnera, il sera grand temps de rejoindre le trottoir.

Le tramway de Jérusalem en chiffres

Le tramway avec ses 24 stations, s’étire sur 14 kilomètres. Il devrait véhiculer 100 000 passagers par jour. Dans un premier temps, treize trains Citadis, livrés par Alstom, desserviront toutes les douze minutes les habitants de la capitale israélienne puis d’ici quelques semaines toutes les 4 minutes.

Voir l’album photo sur le tram de Jérusalem

17:27 Écrit par Rose Tel-aviv dans Israël | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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