22/12/2010

Damas la juive

Damas la juive renaît de ses cendres


Deux bus sont garés l'un à côté de l'autre près de l'enceinte de la mosquée Umayyad, dans le centre du vieux Damas. De l'un, des touristes iraniennes vêtues de tchador en sortent. De l'autre, un groupe d'Allemands munis de bouteilles d'eau et de larges chapeaux, pour se prémunir de la chaleur. Tous viennent passer le week-end à Damas, nouvelle destination à la mode pour le tourisme international.


 

Ceux qui ont récemment visité la capitale syrienne ont probablement noté l'extraordinaire développement des deux parties de la ville, l'ancienne et la nouvelle. Les cafés branchés et les centres commerciaux poussent comme des champignons, de nouveaux hôtels clinquants ouvrent leurs portes et les touristes, occidentaux ou arabes, sont toujours plus nombreux : + 56 % au cours des sept premiers mois de l'année. Contrairement au régime, la ville s'ouvre à l'Occident, et semble pressée de devenir une destination prisée, élégante et fastueuse.

Le vieux Damas est inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1975. Mais ce n'est que récemment que l'ancienne ville fortifiée fait l'objet de travaux d'embellissement et de rénovations, y compris dans le quartier juif longtemps déserté et négligé. Certes, on trouve ici et là des restes d'inscriptions en hébreu, et les voisins arabes ont encore en tête les noms des familles qui ont vécu là. Mais l'ancienne communauté juive de Syrie est depuis longtemps partie pour Israël, les Etats-Unis ou autres pays. Leurs maisons - certaines vieilles de 200 ou 300 ans - synagogues et écoles sont toujours là.

Aujourd'hui, après des années d'abandon et d'oubli, Harat Al-Yahoud, le quartier juif de Damas, revient à la vie. Première escale : l'hôtel Talisman. Derrière la porte banale et sans inscription se cache un univers de luxe et de raffinement. Le bois sculpté, les plafonds en stuc ou les gazouillis de l'eau de la fontaine de la cour semblent tout droit sortis des Mille et une nuits. On imagine sans peine, qu'il y a 300 ans, un vrai vizir ait pu habiter dans cette spectaculaire bâtisse, l'une des 24 maisons du quartier qui appartenait à l'influente famille juive Farhi. Le patriarche, Rafaël Farhi (souvent nommé Muallem) était le conseiller et le financier du sultan ottoman et jouissait du plus haut degré d'influence et de pouvoir, en Syrie et au-delà.

En tant que président de la communauté juive, il était propriétaire de dizaines de maisons, y compris la célèbre Beit Farhi, aussi appelée Beit Al-Muallem, située face à l'hôtel Talisman, aujourd'hui empêtré dans un amas de matériaux de construction et d'échafaudages. Car ce qui était un quartier pauvre, parsemé de rues sombres et étroites, et de trottoirs défoncés, retrouve progressivement ses couleurs d'antan.

Endroits à la mode et hôtels de charme

C'est en 1994 que les autorités donnent le feu vert pour certains projets de restauration : des merveilles telles que Beit al-Mamlouka, Beit Zaman ou l'Old Vine Hotel renaissent. Certaines ont été achetées par des personnalités syriennes ou libanaises, comme Noura Joumblatt, la femme du leader druze Walid Joumblatt. D'autres sont transformées en hôtels de charme, forts d'un style et d'une ambiance uniques. Coût de la nuit entre 250 et 300 dollars. L'occasion unique de découvrir le coeur de l'ancien Damas, dans le luxe d'une maison traditionnelle arabe, ou juive avec le l'hôtel Talisman ou Beit Farhi, affirme l'organisation syrienne des Hôtels de Charme (SBH) Son, fière de son logo : "En Syrie, vivez comme un Syrien".

Voici comment John Wilson décrit les lieux lors d'une visite en 1847, dans son livre La Terre de la Bible : "Le 8 juin, nous visitons la maison de Rafaël, le chef des Farhis. Ici vivaient 60 à 70 personnes. L'établissement est encore plus grand que celui visité hier (Beit Mourad Farhi). Le toit et les murs des chambres situées autour de la cour sont sublimes. Un des voyageurs britanniques exprime ses doutes : est-ce encore plus beau que nos propres palais royaux ?". "Nous avons rendu visite à Rafaël, le nassi (président) des Juifs de Damas, dans son salon privé. Puis nous sommes entrés dans son immense bibliothèque, parfois utilisée comme synagogue.

Elle contient trois splendides rouleaux de la loi, dans l'écrin argenté le plus somptueux qu'il m'ait été donné de contempler, et une copie de la Bible de 450 ans, magnifiquement illuminée et colorée." C'est Hakam Roukby, architecte franco-syrien, qui conduit le projet de transformation de Beit Farhi en un autre hôtel de luxe. Et un ambitieux plan de rénovation de 128 autres maisons juives du quartier Al-Amin a récemment été révélé par la presse syrienne et étrangère. Le financement serait privé. Mais, compte tenu de la réalité politique, le projet doit recevoir l'autorisation du régime, qui tient fermemement les rênes du gouvernement.

Une communauté contrainte à l'exil et à l'oubli

Il n'y a pas si longtemps, prononcer le mot "Juif" dans les rues de Damas suscitait des regards de travers. Cette soudaine ouverture au multiculturalisme est donc plutôt surprenante. Car il ne faut pas oublier que les derniers habitants juifs du quartier étaient privés de téléphone ; et il leur était interdit de voyager ou de parler à des étrangers. Mais ça, les clients de l'hôtel de charme Talisman ne le sauront jamais. Pas plus qu'ils ne sauront comment le quartier et ses maisons ont été volés à leurs propriétaires légaux.

En 1950, lorsque le gouvernement syrien vote une loi pour saisir les propriétés juives, le pays ne compte que 5 000 Juifs. Depuis les années 1940, la communauté essuie émeutes, campagnes et lois antijuives, intimidations ou terreur. Naturellement, pas un mot de cette page sombre de l'histoire syrienne dans l'élégante brochure du Talisman. Mais plutôt ceci : "La maison était toute en marbre, pierres précieuses et miroirs. J'y suis entré une fois ou deux. Elle m'a fait forte impression. Bien sûr, toutes les maisons juives ne ressemblaient pas à Beit Farhi.

Habituellement, quatre à cinq appartements se partageaient la cour, où se trouvaient la fontaine et le four. Pas grand- chose ne distinguait les maisons juives et arabes. Seule différence entre les bâtisses : le statut social des habitants. Il y avait des maisons pauvres et miteuses, des logements pour la classe moyenne et bien sûr les palaces des riches, comme Beit Farhi", détaille Moshé Shemer, à la tête de l'Association des Juifs de Damas et rédacteur en chef de Mikan V'mi Sham, le magazine mensuel de la communauté juive syrienne en Israël.

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17:48 Écrit par Rose Tel-aviv dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook

Commentaires

Damas une très jolie ville, et les femmes syriennes...je ne vous dis pas...

Écrit par : Rambam | 25/12/2010

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