Cette année, Tisha Be Av (le jour de jeûne annuel juif commémorant la destruction des 1er et 2ème Temples à Jérusalem) nous rappelle une fois de plus les dangers de la «haine gratuite», sans rime ni raison pour nos propres coreligionnaires ; le type de haine arbitraire qui semble être devenue partie intégrante de notre réalité quotidienne israélienne. Les divisions entre les Juifs ultra-orthodoxes et séculiers ou l'antagonisme acerbe à l'encontre des « colons » en Cisjordanie ne sont évidemment pas nouvelles, mais elles n'ont rien perdu de leur malveillance aigue. Pas moins pénibles sont les actions de ces conférenciers israéliens qui défendent le boycott international anti-israélien, au nom de la liberté académique, sans parler du nombre plus grand encore de ceux qui assimilent au «maccarthysme» toute critique ou sanction à l'encontre de ces boycotteurs. Des polémiques aussi dures se produisent juste au moment où Israël est l’objet d’une haine sans précédent de la part de la communauté internationale. L'hystérie autour de la « Flottille de Gaza » a atteint de nouveaux sommets d'hypocrisie. Elle reflète la campagne en cours qui fait d’Israël le «Juif» des Nations – en le désignant comme un état raciste, sanguinaire et paria. Dans le même temps, le soutien des Juifs américains pour la politique d'Israël, en particulier parmi les libéraux, s’est également de plus en plus effrité. Cela a des conséquences potentiellement dangereuses pour nos relations avec la diaspora qui étaient déjà tendues à cause de la question des conversions non-orthodoxes.

Certes, la majorité des Américains continuent à manifester une empathie remarquable pour les dilemmes d'Israël et le Président Obama a récemment choisi d'adopter un ton un peu plus amical envers le Premier ministre d'Israël. Beaucoup de dirigeants européens qui soutiennent moins Israël que les États-Unis, ne sont pourtant nullement aveugles aux besoins sécuritaire d'Israël, à la menace iranienne ou aux conséquences désastreuses du règne violent du Hamas à Gaza. Néanmoins, l'érosion de la légitimité d'Israël comme Etat au niveau international, reste profondément troublant. Cela s’est accompagné de l’explosion mondiale sans précédent de l’antisionisme et de l’antisémitisme au cours des dernières années. L'agression de l'extérieur n'est pas sans lien avec un sentiment croissant de désorientation spirituelle et de profonds conflits d’identités juives dans la société israélienne. Cette tendance est pour le moins la plus dangereuse de toute car l’aliénation sociale, l’aliénation économique et culturelle sont des forces centrifuges, accélérant la division des schismes qui existent déjà dans la société israélienne. Dans un tel contexte, la désaffection de l'élite universitaire israélienne pour la philosophie sioniste ne peut qu'avoir des conséquences particulièrement démoralisantes.Pour certains des intellectuels antisioniste ou «post-sionistes», la fondation de l'Etat juif en 1948, est évidemment le «péché originel» qui a causé toutes les guerres ultérieures du Moyen-Orient. Ils ont, en effet, sans aucun esprit critique, adopté le narratif palestinien, qui n'est pas seulement soutenu par presque tous les Djihadistes musulmans et gauchistes radicaux, mais a aussi infiltré un secteur influent de l'opinion publique occidentale. Si nous voulons avancer, nous devrons trouver des moyens plus créatifs pour contourner ce discours destructeur et montrer au monde qu'un autre chemin est possible - celui qui rejette non seulement la barbarie et la terreur djihadiste, mais aussi la confiance excessive d'Israël en la force seulement. Ce ne sera pas facile. Nous devons être plus sensibles à la souffrance de nos voisins arabes et palestiniens. Mais ils doivent aussi assumer leur propre terrorisme nihiliste, leur aveuglement et leur culpabilité historique (tel que le nettoyage ethnique des Juifs des pays arabes). Ils doivent, une fois pour toute, mettre un terme à leur tolérance de l'incitation au génocide de la Guerre Sainte contre Israël. Cela nécessitera un effort important d’honnêteté intellectuelle, d’introspection et d'autocritique de tous les côtés. Cela demande également une volonté politique considérable, un large soutien international et une reconnaissance sans équivoque de l'identité de «l'autre» et de ses droits légitimes. Afin de venir à la table des négociations avec les mains propres, nous, les Israéliens devrions commencer par mettre un peu d’ordre chez nous. Un bon début serait d'afficher une empathie, une tolérance et une solidarité plus grandes avec les problèmes des personnes défavorisées - qu'elles soient juives ou arabes, dans notre propre société. Nous devons aussi plus positivement intérioriser les leçons tragiques des dissensions et des divisions dans notre propre histoire, afin que nous puissions parvenir à un consensus minimal sur ce que nous voulons vraiment qu’Israël soit, à la fois pour nous-mêmes, nos voisins et plus largement pour le monde.

''Le Professeur Wistrich est le directeur du Centre Internationnal Vidal Sassoon pour l’étude de l’antisémitisme à l’Université Hébraïque de Jérusalem et l’auteur du livre « Une obsession mortelle : l’antisémitisme de l’antiquité jusqu’au Djihad mondial » ''

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