21/07/2010

Simon Peres, parle de la désinformation

Shimon Peres: “une contradiction évidente entre la propagande médiatique et la réalité de Gaza”

Propos recueillis par Edmond Sanders pour le LA Times, adapté en français par Jonathan-Simon Sellem pour JSSNews

Rédigé par JSS le Jun 23rd, 2010 and filed under Israël, Israël-Territoires Disputés.

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http://jssnews.com/2010/06/23/shimon-peres-une-contradict...

Shimon Peres, le président israélien, affirme que le blocus de Gaza a été mis en place pour protéger l’Etat juif contre le terrorisme… “Et ceux qui n’ont jamais fait face au terrorisme ne peuvent pas comprendre la nécessité d’une telle action.” Shimon Peres, est la seconde personnalité israélienne a parler ainsi après Tsippi Livin. La cheffe de l’opposition a critiqué hier Netanyahu: “dans la région, nous devons prendre nos décisions dans la nécessité d’Israël pas dans celui des commentateurs. Netanyahu montre un signe de faiblesse dont nous ne pouvons nous permettre.

Malgré tout, le président Peres a concédé que la politique d’Israël sur la bande de Gaza n’a pas donné les résultats escomptés par le gouvernement. Bien que fatigué du haut de ses 86 ans, le Prix Nobel de la Paix défend vigoureusement l’ensemble des politiques d’Israël comme vitales pour sa sécurité.
Il s’est entretenu avec le Los Angeles Times mardi dans son bureau de Jérusalem. JSSNews se charge de la traduction.

Alors qu’Israël se prépare à alléger le blocus terrestre de Gaza – bien que le soldat israélien Gilad Shalit soit toujours en retenu en otage et que le Hamas soit toujours au pouvoir – de nombreux Israéliens se demandent si l’embargo économique a apporté quelque chose de tangible…

Israël a voulu dire au peuple palestinien que les attaques [de roquettes du Hamas contre Israël] leur fera plus de mal qu’a nous. Mais avec deux réserves: d’abord, ce n’était en rien une punition collective et, d’autre part, ce “blocus” n’a jamais créé une situation inhumaine. Donc, nous avons mesuré tout. Y a t-il assez d’eau, assez de nourriture, assez de fournitures médicales? J’ai vu tous les jours des articles sur la situation à Gaza et le récit est extrêmement négatif. Mais quand on regardait les gens dans les rues, dans les photos, les reportages, ils étaient vêtus correctement. Les marchés étaient pleins. Il y avait une contradiction évidente entre une certaine propagande médiatique et la réalité. Ce n’est pas par hasard qu’il n’y avait pas de crise humanitaire. Nous nous sentions responsables. Mais le Hamas est celui qui a tout détruit.

Mais est-ce que les restrictions israéliennes sur les biens civils et autres fournitures ont aidé a atteindre les objectifs d’Israël ?
Je ne peux pas répondre à cette question, et je ne pense pas que ce soit important. Nous espérions plus. Nous avions espéré que, une fois sorti de là [en 2005 après le désengagement d'Israël], nous serions tranquille. Mais une fois que nous avons quitté Gaza, les attaques sur Israël ont augmenté et augmenté. Nous ne comprenions pas pourquoi ils ont recommencé à bombarder alors que nous faisions tout pour les laisser tranquille. C’est comme s’ils ne pouvaient se passer de nous. Nous avons été gravement surpris par ces actions du Hamas. Je ne comprends toujours pas. Si les dirigeants de Gaza acceptait la démilitarisation et la dé-terrorisation de Gaza, il n’y aurait pas de problèmes. Le destin est entre leurs mains.

Certains craignent Israël entre dans une nouvelle période d’isolement international. Les relations avec la Turquie sont au bord de la falaise. L’ONU fait pression pour une enquête internationale sur la flottille. Il y a du boycott culturel. Dans le même temps, certains alliés occidentaux sont en colère a cause de l’affaire Al Mahbouh -Dubaï-. Israël est-il en train de perdre ses amis ?

Le fait que des pays étrangers mettent la pression sur Israël ne veut pas dire qu’ils ont raison. Il s’agit d’une tentative visant à délégitimer Israël. Ce qui est très facile. Le bloc arabe représente la grande majorité de l’Organisation des Nations Unies. Nous n’avons jamais la moindre chance de nous y défendre.

Mais je me pose la question suivante: S’ils délégitiment Israël, à qui donnent-ils raison ? Ils légitiment le Hezbollah, le Hamas et Al-Qaïda. Ils ne le veulent pas forcément. Mais si vous délégitimez la lutte contre le terrorisme, qui est très complexe, les conséquences sont que la terreur est légitimé.

 

Shimon Peres lors de sa visite en Corée du sud (10 juin 2010)

 


N’est-ce pas trop simpliste? Est-ce que critiquer la politique israélienne et ses pratiques est la même chose que délégitimer Israël?
La critique est une chose. Mais quand vous dites: “Retournez à la Pologne. Retournez en Allemagne,”  ce n’est pas de la critique. Ou quand ils disent “qu’Israël n’a pas le droit d’exister”, ce n’est pas de la critique.

Cette phrase a été dite par une femme de 89 ans (Helen Thomas) et un membre du Hamas. Ce n’est pas le genre de chose que les gens disent quand ils parlent de l’isolement d’Israël…
Que veulent-ils que nous fassions? Nous avons convenu d’une solution à deux Etats. Nous avons convenu d’améliorer la situation en Judée-Samarie. Nous améliorons la situation à Gaza. Et il ya encore du terrorisme. Les pays qui ont à lutter contre le terrorisme comprennent ce que nous faisons. Les pays qui ne font que lire “terrorosme” dans la presse ne peuvent pas comprendre. Il est très difficile pour une personne en Suisse de comprendre. Mais les États-Unis, ils comprennent. Nous avons une biographie que personne d’autre n’a. En 62 ans, nous avons été attaqués sept fois dans le seul but de nous détruire.
Sur l’isolement d’Israël, je ne pense pas que ce soit vrai. Il n’y a jamais eu de meilleures relations entre le Vatican et Israël. Prenez l’Inde, nous avons d’excellentes relations, car ils souffrent des mêmes choses que nous.

Les États-Unis ont toujours été un ami, mais le président Obama semble avoir mis l’amitié bi-nationale entre de nouveaux termes. Il a poussé Israël à cesser la construction de localités juives et a signé une résolution demandant à Israël d’adhérer au Traité de non-prolifération nucléaire en dépit des objections d’Israël. Est-ce une nouvelle forme d’amitié?
L’amitié entre Israël et l’Amérique reste. Obama a vu juste sur certains points, sur d’autres, il se trompait. Pareil pour nous. Pour être amis, vous ne devez pas d’accord 100% du temps sur 100% des questions. Ce que nous vivons atuellement n’est pas une crise. Une chose est sûre, il ne s’agit pas là d’une crise.

L’ensemble des tensions était de construire ou non Jérusalem-Est. Le Premier ministre a dit que nous allons continuer de construire dans les endroits où nous construisons depuis 44 ans et que nous ne construirons pas là ou nous n’avons jamais construit depuis 44 ans.  Il y a 21 quartiers palestiniens de Jérusalem ou nous n’avons jamais construit quoi que ce soit.

Même maintenant, à Silwan (quartier arabe de Jérusalem), le maire veut construire un parc archéologique mais comme à chaque fois qu’on veut mettre en valeur l’histoire cela crée des problèmes. Il faudrait d’ailleurs pour cela détruire des maisons qui ne tiennent déjà plus debout. Mais le Premier ministre a appelé le maire Barkat pour lui demander de mettre ses projets entre parenthèses.

Certaines personnes ont soulevé des préoccupations sur la réduction de l’espace démocratique d’Israël. Les sondages suggèrent récemment un manque de confiance dans les tribunaux. La moitié des écoliers israéliens ne pensent pas que les arabes israéliens doivent pouvoir être élu député à la Knesset ou ils ont des droits égaux. Les critiques du gouvernement, ou ceux qui expriment des points de vue différents, sont parfois soumis à des attaques personnelles. En tant que fondateur d’Israël, êtes-vous préoccupé par l’état de la démocratie?
Le problème est que lorsque vous êtes en état de guerre certains citoyens se sentent pencher d’un côté, d’autres citoyens de l’autre côté. Il ya des tensions dans une démocratie. Mais le fait est qu’il y a des membres arabes au parlement, et ils sont bien plus visible que dans tous les autres gouvernements au monde.
Il ne faut pas oublier qu’Israël est une société très hétérogène. Nous sommes venus des quatre coins du monde pour reconstruire une nation. Nous avons augmenté notre population par dix. Donc, nous n’avons pas encore les traditions et les comportements qui viennent avec le temps.
Je ne pense pas qu’il y ait un danger pour la démocratie. En 62 ans et sept guerres, il n’a pas été un seul jour ou nous avons supprimé les libertés. Les gens ne sont pas mis dans des camps de concentration comme dans d’autres pays “démocratiques”. Rappelez-vous qu’aux États-Unis, les Japonais étaient mis dans ces camps lorsqu’ils étaient en guerre contre le Japon.

Certains Palestiniens appellent Gaza “un camps de concentration”…
Comment cela serait possible? Nous avons quitté Gaza et n’avons laissé aucun soldat.  Ou avez-vous entendu parler d’un camp de concentration d’ou on lance des milliers de roquettes que l’autre côté de la frontière ?

Les tensions entre les ultra-orthodoxes et des communautés laïques ont à nouveau éclaté ces derniers jours. Où est la frontière “religion-laïcité” ?
Peu importe ce que les gens disent. Il n’y a qu’une seule loi en Israël, non pas deux lois. C’est la loi de l’Etat. La loi juive, la Halakha est volontaire, mais pas celle de l’Etat.
Deuxièmement, personne ne peut imposer sa religion à quelqu’un d’autre. Vous pouvez être juif, religieux ou laïque. La complication n’est pas dans la relation entre l’État et la religion. C’est entre les partis religieux entre-eux. C’est là que commence l’affrontement.

De srumeurs circulent sur les négociations possible pour l’entrée de Kadima au gouvernement. Qu’en dites vous?
Je pense qu’ils devraint intégrer le gouvernement. Lorsque vous êtes dans une situation difficile, l’unité est un bon remède. Mais nous avons une structure politique très compliquée. La tradition depuis de nombreuses années au Parlement était que les grands partis avaient la majorité. C’est la première fois un grand parti n’a pas la majorité absolue. Ils doivent négocier avec les petits partis. En ce qui concerne Kadima de rejoindre la coalition, je ne pense pas que cela arrivera. Je suis dans le doute.

 

Le premier ministre israélien Yitzhak Rabin (avant) et ministre des Affaires étrangères Shimon Peres débattent face aux membres du parti de droite (Likoud) lors d'un débat sur le processus de paix entre Israël et l'OLP le 18 avril 1994.

Les gens disent que le parti travailliste en Israël est mort et que l’aile gauche, en général, se bat pour survivre…
C’est un jugement rapide. Dans d’autres pays, la différence entre la gauche et la droite est économique et social. En Israël, la différence est  “deux Etats” [la position de la gauche] ou «un Etat» [la position de la droite].
Ce qu’il s’est passé c’est que la droite adopte peit à petit cette idéologie de gauche. Ainsi, la gauche se sent qu’elle a gagné idéologiquement, mais pas politiquement.

Comment le Premier ministre Benjamin Netanyahu va?
Mon mentor, David Ben Gourion, m’a dit qu’il n’y a qu’une seule façon de juger un chef de file: par l’histoire et ce qu’il a fait. Netanyahu a deux choses importantes dans son histoire. Il a accepté une solution à deux Etats, et, ce faisant, a mis fin à l’idéologie de l’aile droite, et il a introduit ce qu’on appelle l’assouplissement économique de la Judée-Samarie. C’est une évolution importante dont je lui fais crédit. J’ai été Premier ministre fois assez pour savoir que, contrairement à la perception générale que le Premier ministre dirige la réalité, c’est la réalité qui dirige le Premier ministre.

Votre rôle en Israël est aujourd’hui celui d’un sage de l’Etat. Comment voyez-vous que votre contribution aujourd’hui et de votre avenir politique?
Pendant 60 ans, j’ai été dans l’administration en tant que ministre, Premier ministre, Dieu sait quoi d’autre. Lorsque les gens me demandent où je passais mon temps, je réponds: à régler des crises. Crises entre les peuples, entre les institutions, entre les parties. Peut-être 40% de l’énergie de tout premier ministre est consacré à la gestion de crise.
J’étais une personne le plus controversé. J’ai eu une vision claire, mais elle n’a pas reçue tout le charme de la population de façon immédiate.  Ils m’ont accusé de beaucoup de choses. Maintenant que je suis hors de l’administration, j’ai découvert une option qui n’a jamais existé. C’est l’option de bonne volonté. Assis là depuis trois ans, je n’ai guère entendu le mot “non”. Je n’ai pas besoin de l’administration. Le principe de la présidence en Israël n’est s’occuper des dossiers mais de les appuyer.
J’avais l’habitude d’être plus controversé. Aujourd’hui, je suis plus populaire. Je ne sais pas ce qui me rend plus heureux. Je ne sais vraiment pas. J’aime me battre pour mes idées. Je ne pense pas que les dirigeants doivent dire s’il vous plait, ils doivent aller de l’avant. Le leadership n’est pas d’être au-dessus des autres mais d’être à l’avant.

Propos recueillis par Edmond Sanders pour le LA Times, adapté en français par Jonathan-Simon Sellem pour JSSNews

10:17 Écrit par Rose Tel-aviv dans Israël | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook

Commentaires

Merci de nous transmettre cet interview qui montre une vision panoramique de la situation et, de plus, par quelqu'un qui peut relativiser les différents éléments de par sa longue participation au gouvernement.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 21/07/2010

Juste un tit saut Rose. Je passe demain lire ces derniers articles.

Bonne nuit et beaux rêves :)

Écrit par : Patoucha | 22/07/2010

Et Sharon ? Quest-ce qu'il devient? On entend plus parler de lui...

Écrit par : Youssef | 22/07/2010

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