21/04/2009

Yom HaShoah

21 avril 2009, Yom HaShoah,

jour de la commémoration de la Shoah

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Plus de 50 ans ont passé depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Le coeur a beaucoup oublié, principalement des lieux, des dates, des noms de gens et pourtant je ressens ces jours-là dans tout mon corps. Chaque fois qu'il pleut, qu'il fait froid ou que souffle un vent violent, je suis de nouveau dans le ghetto, dans le camp, ou dans les fôrets qui m'ont abrité longtemps.

La mémoire, s'avère-t-il, a des racines profondément ancrées dans le corps. Il suffit parfois de l'odeur de la paille pourrie ou du cri d'un oiseau pour me transporter loin et à l'intérieur.

 

Je dis à l'intérieur, bien que je n'aie pas encore trouvé  de mots pour ces violentes tâches de mémoire. Au fil des année j'ai tenté plus d'une fois de les toucher les châlits du camp et de gouter à la soupe claire qu'on y distribuait. Tout ce qui ressortait de cet effort était un magma de mots, ou plus précisément des mots inexacts....Une épreuve profonde, ai-je appris, peut être faussée facilement. Cette fois non plus je ne parlerais pas du camp, mais de la fuite, qui eut lieu l'automne 1942, alors que j'avais 10 ans.

De mon entrée dans la forêt je ne me souveins pas, mais je me rappelle l'instant où je me suis retrouvé là-bas, devant un arbre couvert de pommes rouges. J'étais si stupéfait que je fis quelque pas en arrière. Mon corps se souvent mieux que moi de ces pas en arrière. Chaque fois que je fais un faux mouvement du dos ou que je recule, je vois l'arbre et les pommes rouges. Celait faisait plusieurs jours que je n'avais pas mangé, et voici que se dressait devant moi un arbre couvert de fruits. Je n'avais qu'à tendre la main et  à ceuillir, mais je restai debout paralysé par la surprise, ......Finalement, je me suis assis sur place et mangeai une petite pomme à moitié pourrie .....

........

La seconde guerre mondiale dura 6 années. Parfois il me semble que e ne fut qu'une longue nuit dont je me suis réveillé différent. Parfois il me semble que ce n'est pas moi qui est connu la guerre, mais un autre, quelqu'un de très proche destiné à me raconter précisément ce qui s'était passé, car je ne me souviens plus de ce qui est arivé ni, comment.

Je dis: "Je ne me souviens pas" , et c'est la strice vérité. Ce qui s'est gravé en moi de ces années-là, ce sont principalement les sensations physiques très fortes. Les besoin de manger du pain. Aujourd'hui encore je me réveille la nuit,  affamé. Des rêves de faim et de soif se répètent chaque semaine. Je mange comme seuls mangent les gens qui ont eu faim un jour, avec un appétit étrange.

....Tout ce qui s'est passé s'est inscrit dans les cellules du corps et non dans la mémoire. Les cellules semble-t-il, se souviennent mieux que la mémoire, pourtant prédestinée à cela. De longues années après la guerre, je ne marchais ni au milieu du trottoir, ni au milieu e la route mais je rasais les murs, toujours dans l'ombre et toujours d'un pas rapide, comme si je fuyais....

J'ai dit: " Je ne souviens pas", et pourtant je me souviens de miliers de détails. Il suffit parfois de l'odeur d'un plat, de l'hmidité des chaussures ou d'un bruit soudain pour me ramener au plus profond de la guerre il me semble alors qu'elle n'a pas pris fain, qu'elle s'est poursuivie à mon insu, et à présent que l'on m'a réfeillé, je sais que depuis qu'elle a commencé elle n'a pas connu d'intéruption..

AHARON APPELFELD, Histoire d'une vie, édition Seuil, prix médicis étranger 2004

A.Appefeld est né en Roumanie en 1932, déportés ainsi que sa famille, il s'échappe miraculeusement (voir extrait-ci-dessus) du camp. Seul survivant, il immigre en Israël à la fin de la guerre, il a 12 ans. Devient plus tard écrivain, poête.

plus de renseignements :http://fr.wikipedia.org/wiki/Aharon_Appelfeld

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09:00 Écrit par Rose Tel-aviv dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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